Rouen, le poumon économique asphyxié par Lubrizol

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« Le cœur de Rouen est lourdement impacté économiquement, mais pas seulement. »

Les conséquences économiques du « jeudi noir » rouennais commencent à être mesurées. Elles concernent tous les secteurs d’activités.

Près de trois semaines après l’incendie de l’usine Lubrizol, la métropole rouennaise n’a pas fini de panser ses plaies. Et même, elle n’a pas fini d’en faire le bilan. Sur le plan économique notamment. Seul le milieu agricole a d’ores et déjà chiffré en partie son préjudice, valant à Lubrizol de débloquer un fonds de solidarité de 50 millions d’euros pour l’indemniser. Mais pour le reste ? Les commerçants et artisans rouennais ont souffert, c’est une certitude. Les premiers jours suivant l’incendie principalement, avec un centre-ville déserté par les habitants. « Il y a eu 3 jours terribles juste après l’incendie », commente Christophe Doré, le président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Seine-Maritime. Mais c’est dans la durée que le danger réside. Après les multiples épisodes des Gilets Jaunes, les artisans et commerçants rouennais sont déjà fragilisés. Christophe Doré : « Avec Lubrizol, on en remet une couche, et si je n’ai pour l’instant pas constaté de vraie catastrophe auprès des artisans, il ne faudrait pas que ça dure. »

Une image détériorée

Comme les artisans et commerçant, l’hôtellerie et la restauration ont évidemment lourdement souffert de la désertion du centre-ville. De nombreux touristes ont choisi de décaler voire d’annuler leur séjour. L’image de la capitale normande est lourdement détériorée. « On n’a jamais autant parlé de Rouen, et c’est dommage, elle ne mérite pas cette image » poursuit Christophe Doré, quand dans les colonnes du Parisien, Philippe Coudy, Président de l’Union des Métiers et  des Industries de l’Hôtellerie évoque « Tcherno-Rouen »… Désormais, Rouen attend donc le retour d’une communication plus positive sur la ville. Sans mensonges, et sans sous-estimer les conséquences écologiques et psychologiques de l’évènement, artisans et commerçants attendent que les populations soient rassurées. Christophe Doré : « Rouen est un poumon économique pour la région. Quand elle souffre, c’est toute l’économie qui souffre. »

Un effet cascade

Du côté de la chambre de commerce et d’industrie, une enquête a été lancée pour tenter d’évaluer le préjudice subi. Mais on ne se risque pour l’instant à aucun commentaire, en attendant les chiffres. Les premières constatations de la préfecture témoignent toutefois d’un impact réel pour les entreprises les plus proches du site de Lubrizol, mais aussi par cascade leurs sous-traitants, clients et fournisseurs. Très rapidement, elles ont donc été nombreuses à utiliser le dispositif de l’activité partielle. Très concrètement, les entreprises bénéficient d’une allocation de 7,74€ par heure pour les PME et de 7,23€ par heure pour les plus grandes entreprises. Les salariés sont rémunérés à hauteur de 85 % du salaire net. Au 5 octobre, elles étaient 23 entreprises à avoir sollicité de l’activité partielle pour un total de 406 salariés.
Des conséquences indirectes pourraient aussi apparaître, comme un resserrement des contraintes réglementaires, en lien avec la sécurité des sites industriels ou à leur positionnement à proximité des habitations. Des mesures qui, aussi légitimes soient elles, auront évidemment un coût.

Benoit Delabre