Crise : les bibliothèques offrent un bol d’air

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Télécharger une bande-dessinée gratuitement, participer à une discussion littéraire en ligne, ou encore, trouver des jeux pour les enfants… Fermées, les quelque 16 000 médiathèques de France demeurent ouvertes en ligne… 

S’il est prévu que les librairies rouvrent le 11 mai, les quelque 16 500 médiathèques devraient demeurer fermées encore longtemps. Le 13 avril dernier, lors de son allocution, Emmanuel Macron, ne les a pas citées explicitement. Mais elles rentrent dans la catégorie des  ERP, établissements recevant du public, tout comme les musées et salles de spectacles, lesquels ne devraient pas rouvrir leurs portes avant juillet. Pour autant, des médiathèques poursuivent en ligne leur mission de médiation culturelle et proposent de très nombreuses ressources, gratuites. Et cela va bien au delà des livres… Un peu à part, il y a la BNF, la Bibliothèque nationale de France. La mission de celle-ci est particulière, puisqu’elle est chargée de collecter le moindre ouvrage qui paraît en France. Son site Internet, bnf.fr, donne accès à des ressources sans égal. Des milliers de livres sont  téléchargeables, dans tous les domaines ( poésie, romans, essais, manuels de cuisine, ouvrages de sciences ou d’histoire.. ). Et pourquoi pas écouter une interview de Alan Lee, l’illustrateur de Tolkien? La BNF, qui organise très régulièrement conférences et expositions, met aussi en ligne ces contenus. S’y ajoutent des ressources pédagogiques, pour les étudiants, et ludiques pour les enfants. Les bibliothèques spécialisées ne sont pas en reste : sur europedupolar.paris.fr, on visite une exposition consacrée à la  manière dont les récits criminels accompagnent les transformations sociétales, vidéos d’extraits de films polonais et  italiens à l’appui…Elle est organisée par la bibliothèque consacrée aux littératures policières (Paris) . 

Et le réseau des médiathèques locales offre aussi de très nombreuses ressources. A l’échelon départemental, plusieurs d’entre elles ( Ariège, Aveyron, Gers, Haute-Garonne…) proposent gratuitement à leurs habitants une offre normalement payante, comme des livres et des bande-dessinées à télécharger, des magazines et journaux…Et même des films !

Cafés littéraires, jeux et partage du quotidien

Dans certains cas, l’offre des médiathèques va au delà de la proposition de contenus, fruit du travail des quelque 38 000 bibliothécaires professionnels, qui restent mobilisés. «Pour la plupart d’entre nous, nous  sommes en télétravail.  Depuis le début du confinement, les bibliothécaires de France, et même à l’international, se sont mis à échanger, à partager des idées. Durant la première quinzaine, cela concernait surtout les ressources culturelles gratuites disponibles en ligne qu’il était possible de proposer aux usagers. Puis, les bibliothécaires ont commencé à travailler à la création de contenus ou à l’organisation d’activités culturelles. Il y a un véritable bouillonnement d’idées», témoigne Alice Bernard, présidente de l’ABF, Association des bibliothécaires de France. 

Et les initiatives sont très diverses. Le samedi, à 14h, rendez-vous est pris avec Aline et Mélissa, pour le «café confiné» sur la page Facebook de la Bibliothèque Louise Michel (Paris), afin de «discuter de vos derniers coups de cœur : livres, films, musiques, jeux, ou juste papoter, histoire de se changer les idées»…Dans les Hauts-de-France,  la médiathèque de Villeneuve d’Ascq partage le quotidien de ses usagers –  photos, notamment-, sur sa page Facebook. Et sur son site, dans une vidéo, Fiona présente l’ouvrage d’Alessandro Baricco, «Smith et Wesson », à venir chercher à la fin du confinement… En Ile-de-France, à Val Parisis, la médiathèque organise des séances de sport avec des livres, celle de Clamart, des ateliers créatifs en live. On a même joué une Murder party en ligne à Épinal ! A Nemours (Seine-et-Marne), on a pensé aussi à ceux qui ne sont  pas sur Internet :  le service Biblio’fil  propose des lectures par  téléphone. «Le confinement nous pousse à être créatifs, à  proposer de nouvelles formes de médiation culturelle. Cela va forcément marquer nos habitudes de travail, notamment avec une dimension participative plus marquée», analyse  Alice Bernard. 

Les «bibliomakers» se mobilisent

Bretagne, Hauts-de-France, Île-de-France, Languedoc-Roussillon…Des  bibliothécaires ont produit des visières de protection, grâce aux imprimantes 3D dont sont équipées leurs médiathèques. Elles ont été distribuées aux soignants, via des plateformes comme Covid-initiatives. 

Anne DAUBREE