Confinement Covid-19 : J’ai un Monet dans mon salon !

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Admirer un Van Gogh, approfondir ses connaissances sur Pompéi, jouer… Fermés pour cause de Covid-19, les musées n’ont peut-être jamais été aussi ouverts !

Quand le spectateur ne peut plus aller au musée, c’est le musée qui vient à lui…En ligne, l’offre culturelle est foisonnante. Les musées de France – et du monde entier  – ne ménagent pas leurs efforts pour mener à bien l’une de leurs missions premières : présenter leurs œuvres au public, quand bien même l’accès physique y est impossible. Les propositions sont multiples, qui vont des visites virtuelles des lieux à la mise à disposition d’images d’œuvres en haute définition, aux contenus savants, jusqu’à l’organisation d’animations, ludiques ou pas, auxquels peuvent participer les internautes… Le langage de l’image dépassant les frontières, sur Twitter, les défis du Getty Muséum, musée d’art de Los Angeles, sont ouverts aux internautes du monde entier…Ils  sont invités à reconstituer à la maison – avec trois objets maximum – des œuvres d’art de l’institution. C’est ainsi que la précieuse «Nature morte aux poisson, légumes, gougères, pots, et huiliers sur une table» du pastelliste Jean-Siméon Chardin (1769), se réincarne en version «confinement», à l’aide d’une bouteille d’huile et deux conserves… En France, le Muséum  d’histoire naturelle rappelle que chaque citoyen peut participer à son programme «Vigie nature», en observant oiseaux et papillons sur son balcon ou dans son jardin, et en collectant des informations pour l’institution. «En cette période si particulière où la pression humaine retombe, ces données seront précieuses pour les chercheurs et permettront de savoir comment les espèces s’adaptent», précise le site.

D’autres musées proposent de petits rendez-vous réguliers, autant de bulles d’air. C’est le cas du  Musée Marmottan Monet, de Paris, doté d’une riche collection de peintures impressionnistes : chaque jour, une brève vidéo pédagogique et poétique propose de s’évader  grâce à une  œuvre. Comme «Eugène Manet et sa fille dans le jardin de Bougival » (1881), où le peintre, frère d’Edouard Manet, pose au milieu des fleurs… L’occasion de s’immerger un instant dans le printemps, et d’apprendre que l’attitude moderne de Manet a permis à l’auteure du tableau, Berthe Morisot,  qui était aussi sa femme, de réaliser une carrière de peintre, fait rarissime à l’époque…

Poissons d’avril et puzzle en famille

Nombre des animations proposées par les musées s’adressent aux enfants ou aux adolescents. Les plus grandes institutions disposent souvent de contenus spécifiquement pédagogiques, à l’image du Louvre. Et la Cité des sciences et de l’industrie propose même un site Internet dédié aux «grands enfants, pré-ados et jeunes ados curieux de science, avec des jeux, des films et des manips interactives»… L’une d’elle permet de remonter sur les pas de Darwin, aux Galapagos, pour s’initier à la classification des animaux et aux mécanismes de la sélection naturelle…Un peu partout, jeux et distractions sont aussi à l’honneur, puzzles en tête : en lien avec l’exposition Pompéi, qui n’a pu ouvrir ses portes pour cause de confinement, le Grand Palais propose des jeux pour les enfants. Dont un puzzle à reconstituer, qui représente des mosaïques, témoins de la richesse artistique des Pompéiens. Même principe, avec la Piscine de Roubaix : chaque mercredi, le musée nordiste propose des nouveaux jeux, comme des puzzles et des Memory à réaliser en famille, pour découvrir les œuvres du musée.  Autre exemple encore d’animation familiale, sur le blog ouvert par le Louvre-Lens à l’occasion du confinement :  le 1er avril, c’était… atelier  créatif sur les poissons d’avril, en s’inspirant de modèles d’œuvres présentes dans la «Galerie des temps» du musée.

Les châteaux ne sont pas en reste et celui celui du Clos Lucé, à Amboise, dispose d’une matière quasi infinie… Il fut, en effet, la demeure de Léonard de Vinci, artiste et inventeur de génie. Le site Internet propose ainsi  «un parcours  d’apprentissage en ligne, gratuit, ouvert à tous». Huit petites leçons sont disponibles, qui reprennent des notions abordées en cours, de l’école primaire au lycée : la Renaissance, les arts plastiques, les mathématiques, les sciences, la technologie, l’art du vol. Par exemple, la première leçon, qui relate les débuts glorieux de Léonard de Vinci dans l’atelier du Verrocchio, maître Florentin, est l’occasion d’expliquer que la Renaissance, à cheval entre les XVe et XVIe siècles, a représenté un véritable bouleversement culturel, né en Italie.

Des ressources immenses, parfois insoupçonnées

Nombre de musées n’ont toutefois pas attendu le coronavirus pour tisser des liens numériques  avec leurs spectateurs.  Certains ont déjà développé des stratégies très élaborées. Ainsi, le musée Van Gogh d’Amsterdam accueille 2,3 millions de visiteurs dans ses locaux (86%  viennent de l’étranger ), mais il est suivi par 13 millions de personnes sur les réseaux sociaux !  «Le musée parvient, de cette façon, à toucher des cibles plus larges, qu’on ne touche pas normalement, pour leur faire connaître l’œuvre du peintre», expliquait  Laurine Van Rooijen, directrice commerciale du musée Van Gogh d’Amsterdam, le 24 mai 2019, lors d’un forum organisé par le ministère de la Culture, à Paris.

 Par ailleurs, de nombreux musées disposent de ressources numériques très importantes, et souvent méconnues. Des catalogues offrent souvent l’occasion de regarder des images en  très haute définition, voire, de les réutiliser … Rendez-vous au Rijksmuseum, le musée d’art d’Amsterdam, pour plonger dans les clairs-obscurs de Rembrandt. Ou alors, à la National Gallery de Washington, dont la collection va de l’art byzantin au pop art. On peut y zoomer sur les dessins parfaits de Raphaël, ou admirer les danseuses de Degas…

Les contenus en ligne destinés à ceux qui souhaitent approfondir un thème sont également très nombreux : le Grand Palais propose ainsi des vidéos issues de l’exposition Pompéi, consacrées notamment aux récentes découvertes archéologiques sur le site, ou à la reconstitution en 3D d’une maison. Au Louvre, on écoute les conservateurs évoquer  l’histoire des peintres, ou décrypter des œuvres, comme «La marquise de Pompadour». Au XVIII e siècle, son auteur, Quentin de Latour, avait voulu en faire l’un des plus grands pastels de l’époque. Quant au Mucem, Musée des  civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, de Marseille,  il offre en  téléchargement le catalogue de son exposition Food, consacrée au regard des artistes contemporains sur cinq continents, sur l’agriculture et  l’alimentation, thème d’une actualité brûlante.

Anne DAUBREE